Honorata Huamán Ramos


Nom complet : Honorata Huamán Ramos

Date de naissance : 28 octobre 1954

Âge : 59 ans

Profession : dirigeante communautaire, cuisinière, entrepreneuse, mère, épouse, grand-mère…

« À l’âge de 7 ans je suis sortie de chez moi pour Para, Sangos avec une professeure qui s’appelait Vilma. C’est à cet âge-là que j’ai commencé à travailler, j’accompagnais une dame âgée. Un an après je suis rentrée chez moi et l’année d’après je suis partie pour Lima, pour travailler dans la famille Vendezú à Caquetá. Là-bas je m’occupais du bébé, mais petit à petit j’ai commencé à faire un peu de tout, nettoyer la maison etc.

Mais comme ils me frappaient, je me suis échappée et je suis arrivée à la maison de Mme Luisa Lengua. C’est dans cette maison que j’ai été le mieux traitée, j’étais la nounou de ses filles jusqu’à la mi-journée et l’après-midi elle me faisait étudier. J’ai vécu 8 ans là-bas.

Ensuite je suis rentrée chez moi pour voir ma mère et sans tomber amoureuse j’ai eu mon premier enfant. J’ai fondé une famille et eu 3 enfants, mais quand je me suis séparée je suis partie de Puquio en 1981 et je me suis installé à Villa El Salvador. C’est là que petit à petit j’ai construit ma maison avec des nattes, mon but était de lui ajouter un toit.

Ensuite, je suis partie vers les montagnes avec l’entreprise d’Alfredo Gómez comme cuisinière. Là-bas j’ai travaillé de nombreuses années et c’est là que j’ai connu celui qui aujourd’hui est mon mari. Grâce à ce travail j’ai pu obtenir tout ce qu’il fallait  pour terminer ma maison.

En 1993, je suis arrivée dans la ville de Gocen à Villa Maria del Triunfo, et pour la deuxième fois nous avons construit notre maison avec des nattes. Entre plusieurs habitants nous nous sommes organisés pour respecter le quartier, pour pas qu’on ne l’abime. Mon premier chantier, avec l’association Atocongo de 2005 à 2006, était un muret du poste médical dans la rue La Paz.

En 2005, j’ai été accusée de terrorisme (sans preuve ni raison) juste parce que je défendais mon quartier. Cette année-là nous avons construit les six escaliers qui vont vers la montagne et qui sont connus maintenant comme le passage Cristo Salvador, passage Gocen, passage San Juan, passage San Martin, San Gabriel et Santa María.

En 2006, nous avons construit la Loza Deportiva. J’ai commencé à lutter contre la désaffectation de deux espaces verts en même temps, certains voulaient détruire les terrains de ses espaces.

Ensuite en 2007, nous avons construit les murs de soutien Los Pinos et Los Preciados. Cette même année ils ont voulu m’envoyer à Santa Monica, m’inculpant de la désaffectation de deux espaces, Z et Z1. Parce ce que la famille qui s’était installée là avait initié la plainte et comme ces aires étaient intangibles, ils voulaient m’inculper de peine de prison.

Vu la situation, je n’aurais pas pensé que je puisse être nommée Secrétaire General de l’organisation du quartier. Je me sens orgueilleuse d’avoir exercé cette fonction et c’est grâce à l’appui de différentes personnes importantes que nous devons nos réussites. Même durant la période d’Alan Garcia, Lucho Castañeda et leurs associés…ils demandaient de mes nouvelles, la dirigeante de Gocen.

Je ne supportais plus les abus ; par exemple, l’entreprise privée payée les dirigeants des travaux pour installer les compteurs et les tuyaux et eux faisaient payer ce qu’ils voulaient. Nous avons travaillé ensemble contre les impostures des dirigeants et pour la justification du prix de l’eau.

Nous sommes allés à la Mairie pour défendre notre cas et nous avons présenté une demande pour 150 familles. Nous avons marché avec le maire jusqu’au Ministère du Logement et le Ministre Garrido Lecca nous a reçu, aux côtés de Mr. Alex Aliaga, du Dr. Carlos Arana, de Marcia Montero Zegarra et du Dr Hidalgo entre autres. Après avoir surmonté de nombreux obstacles nous sommes arrivés à la Superintendance des Biens Nationaux et tout s’est arrangé. Cela a été comme un miracle, ils m’ont dit que ce cas été le premier à être résolu dans l’histoire… et je continue à me demander pourquoi.

La presse nous a également soutenue, surtout des personnes travaillant pour Frencuencia Latina (Monica Delta y Augusto Thorndike). Grâce à eux nous avons obtenu beaucoup de chantiers et de ressources nationales (Cofopri etc.), malgré le fait que la population ne le reconnait pas.

En 2008, nous avons construit 14 escaliers de plus, entre 2004 et 2013 nous avons construit des murs de soutien, le poste médical et des installations sportives, nous avons aussi élaboré des études des routes (pour que toutes les routes soient planifiées et effectives). En 2009, nous avons démarré les travaux du poste médical, durant 6 mois je dormais sur place pour surveiller qu’on ne vole pas le matériel de construction et que les travaux avancent bien.  En 2010, nous l’avons inauguré et aujourd’hui ce poste reçoit des personnes de huit communautés de Villa Maria del Triunfo. Alan Garcia a même mentionné que ce poste était emblématique.

Le 8 mars 2010, la Mairie de Lima m’a remis le prix MINERVA comme Meilleure Dirigeante.

En 2011, j’ai postulé à PAN-SOY et j’ai pu monter ma propre entreprise. Le Rotary Club est mon allié et je continue à donner les rations que je produis aux enfants du Programme d’accès à l’éducation pour enfants non scolarisés (PRONOEI) et aux personnes âgées de la ville de Gocen. L’année dernière le PRONOEI a pris feu et j’étais très en colère car ces enfants ne méritaient pas de perdre leur école. Le quartier s’est organisé, nous avons nettoyé et repeint les murs de briques, et ce qui restait du bâtiment. Nous avons cherché l’appui de personnes pour l’équiper de tables et chaises. Quand j’arrive à l’école pour laisser les boites à déjeuner, les enfants me saluent en disant : Bonjour voisine Honorata, la boite à déjeuner est arrivée !, et cela me remplit de joie. Je cherche toujours à innover avec les légumes frais de mon jardin bio comme par exemple de la causa, des beignets de soja aux légumes,  mazamorra de citrouille, pomme de terre farcie, riz au lait et soja… j’essaie que le résultat soit délicieux pour que les enfants soient contents.

J’ai aussi reçu le prix du Ministère de l’Agriculture, mais ça je te le raconterais une autre fois… »

Pendant que Honorata nous raconte son histoire, elle n’arrête pas de sourire. Ceux qui la connaissent savent ce qui se cache derrière ses larmes qui tombent pendant qu’elle relate son histoire et il nous est difficile d’occulter cette part très personnelle qu’elle seule garde. Mais nous savons que c’est cela qui la poussait, depuis petite, à lutter jusqu’au bout, à élever dignement ses enfants, à rendre heureux ces proches pour au final être elle-même heureuse.